06 mars 2009
Parle trou de la serrure
Ne vous est-il jamais arrivé de poser votre oreille contre un mur ? Faire autour de soi le plus grand silence, fermer les yeux, et chercher à entendre ce qu’il se trame de l’autre côté. Un mot qui résonne, tout à la fois sourd et incompréhensible, un chuchotement, presque trop bruyant pour se vouloir secret et indicible, un bruit, puis d’autres, qui viennent frapper aux portes de votre imagination envahie dès lors d’images et de songes.
Les murs ont des oreilles. Et les portes des yeux.
Poser son œil sur la serrure. Déviance pour certains ; défiance pour d’autres.
Défiance parce que c’est en quelque sorte se jouer de cette intimité qui aurait voulu se faire discrète. Déviance parce que pénétrer de la sorte s’apparente à un viol.
Pour ma part, j’ai toujours admiré les belles choses, avec délectation et tendresse, et si mon œil averti venait à se poser sur la serrure de votre porte, croyez bien que je ne serais nullement disposé à me priver de ce voyage au creux de votre intime.
Face à son miroir, lorsqu’elle redessine avec délicatesse le rouge de ses lèvres pulpeuses, son œil grand ouvert, elle ne se doute pas un seul instant que je peux être tout proche. Et quand dans ses soirées de solitude elle dérape, furieusement frénétique à agiter ses doigts agiles sur la pulpe de ses chairs rougies de plaisir, imagine t’elle un seul instant qu’un parfait inconnu puisse être en train de se nourrir de son corps ?Certainement que non. Ou peut-être que oui.
Car s’il est un sublime délice que de voir sans être vu, il n’en reste pas moins tout autant plaisant de se montrer habilement à l’œil inconnu. Se jouer de lui comme lui se joue de nous. Lui exposer ce que l’on veut bien lui montrer, et dans un mouvement plus ample, se soustraire à son regard insidieux et perçant. Le forcer à vouloir s’extirper de son orbite pour qu’il n’en perde pas une miette, passer devant lui en prenant un malin plaisir à lui cacher l’essentiel, le tenir en haleine enfin, en se rapprochant de lui. Pour l’émotion !
Et s’il m’arrive à mon tour de déraper, que ma main se fasse plus complaisante et douce à l’égard de mon bas ventre, ou bien que je succombe à toute autre tentation de me rendre désirable, c’est toujours en gardant à l’esprit que trop en montrer peut déplaire à l’œil inquisiteur. Telle une ceinture de chasteté, la porte restera fermée. Du trou de la serrure au trou de la ferrure, il n’y a d’ailleurs pas grande différence.
Oui, c’est certain. La porte doit rester fermée, et chacun rester de son côté. Il n'y aurait plus de raisons de vouloir voler ces instants ou de se cacher derrière la serrure si tout était si simplement donné.
« Objets inanimés avez-vous donc une âme ? » demandait le poète.
Posons nos oreilles contre les serrures. Elles auront surement des choses à nous raconter...
Commentaires
délicieux
toujours cette sensibilité rare, et cette sensualité dans le secret portrait de l'homme, tout comme dans le tableau que tu fais naitre des matières, des objets. un pur délice, un vrai régal, comme d'habitude...
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