L'ardu deal "aime"
Aimer, quel drôle de mot.
Comment une si petite chose peut-elle remuer tant de sentiments en nous depuis la nuit des temps ?
Aimer qui ? Aimer quoi ? Aimer…comment ? Aimer…pourquoi ?
Comment peut-on arriver à se dire que l'on aime plus que l'on ne désire ?
Je pose souvent mes yeux sur des croupes incendiaires, plonge mon regard dans celui qui me fait face, et je ne parviens jamais à savoir si je suis capable d'aimer ce que je vois pour longtemps, de cet amour qui vous lie deux êtres jusqu'au bout de leurs vies, ou si j'aime tout simplement ce que je vois, par simple désir furtif.
Toujours est-il que j'aime poser mes yeux ici et là, une main qui plonge dans un sac, deux jambes qui se croisent sur un siège de métro, un sein qui pointe au travers d'un tissu trop léger. Le vrai plaisir est de savoir que je savoure avec délectation ces instants sans en avoir la permission, et s'il m'arrive parfois de croiser un œil réprobateur… non ça ne m'arrive pas. Je n'aime pas que les femmes soient mal à l'aise face à mon regard perçant, je préfère encore détourner la tête et me priver que de les mettre dans l'embarras. Pour autant, je n'aime pas la véritable exhibition. Je n'y vois aucun charme, aucune sensualité, et il me semble que cela est beaucoup moins excitant que la suggestion innocente et naïve. Si on y réfléchit, cela satisfait juste pour quelques secondes, on a tout, tout de suite, et puis on peut passer à autre chose.
C'est une sorte de contentement qui ne dure que quelques secondes.
J'aime bien mieux deviner et imaginer, laisser toute liberté à mon esprit vagabond.
Aimer, oui. Quel drôle de mot.
Je t'ai aimé toi.
Je ne saurai pas te dire pourquoi, ni comment. Mais je t'ai aimé.
Comment je le sais ?
Dès lors que j'ai compris qu'un autre venait te rendre heureuse, dès lors que j'ai compris que je ne te suffisais plus, j'ai perdu tout désir. Désir de te faire être femme, désir de te voir ou de te parler, désir de partager,… c'est donc bien que je t'aimais.
Car d'autres femmes, j'en désire en permanence, comme si mon simple but était de reluquer des paires de fesses se dandinant devant mes yeux avides lorsque je rentre du boulot, de fantasmer sur toutes celles que je n'ai pas encore goûtée avec fougue et passion au détour d'une nuit. Je les désire, oui. Mais je ne les aime pas.
Et pourtant, j'aime faire l'amour. Cela devrait me suffire non ? J'aime quand elle me suce longuement, qu'elle me fait frémir sous ses petites douceurs, qu'elle m'offre son intimité en venant la poser contre ma bouche, me demandant d'y enfouir ma langue pour la faire couler jusqu'à la déraison. J'aime aussi la sentir s'évader en se faisant de plus en plus chienne, en s'offrant à moi comme je peux m'offrir à elle. Car dans ces moments-là, il n'y a plus de limites. La morale prend soudain un air distrait, et seul ce mélange des pulsions, des énergies, des mots et des gestes libidineux me retiennent de m'ennuyer.
Bien entendu, je suis toujours honoré lorsque l'on s'offre à moi, et je ne crois pas être un mauvais gars. La baise peut s'avérer bestiale, vulgaire, mais j'ai toujours cette tendresse au fond de moi, ce désir profond de voir l'autre prendre son pied. Il est parfois difficile d'ailleurs d'employer certaines paroles. Quelques-unes s'offusquent d'entendre un " p'tite salope ", d'autres sont choquées d'un " j'ai envie de ton cul " ou de " j'adore te lécher la chatte ". Est-ce pour autant qu'on ne les respecte pas ? Oui je sais. Nous sommes tous des cas particuliers en la matière. Pour ma part, je ne crois pas que cela remette en question ma tendresse et mon respect pour l'autre. C'est dit.
J'aime faire l'amour, et je n'aime pas forcément celui ou celle avec qui je le fais. J'aime désirer, c'est un vice comme un autre.
Aimer. Oui. Quel drôle de mot.
Aimer, ou l'art du dilemme.